Article tagué Analyse
L'Atlantique noir : Modernité et double conscience
27/04/10
Qu’est-ce que l’identité noire ? Contre ceux qui en défendent une conception ethniciste ou nationaliste, ou qui cherchent avant tout à en préserver l’authenticité, Paul Gilroy montre comment cette identité complexe, nourrie d’une diversité irréductible, repose sur l’existence d’un espace transnational en constante transformation, qui n’est pas spécifiquement africain, américain, caribéen ou britannique, mais tout cela à la fois : l’Atlantique noir. L’objet de ce livre est de donner à voir l’existence de cet espace constitué dès le XVIIe siècle à travers l’histoire de la traite négrière, de retracer ce réseau serré de relations, d’échanges à multiples sens, d’idées, d’hommes et de productions culturelles. Au fil de pages peuplées par les figures les plus hétéroclites, de Spike Lee à Walter Benjamin en passant par les Jubilee Singers, Richard Wright, W. E. B. Du Bois, Jimi Hendrix, Wynton Marsalis et Hegel, l’espace et le temps singuliers de l’Atlantique noir prennent forme et consistance de façon saisissante. Continue reading
Hommes et problèmes du jazz
15/03/10
Texte phare de la bibliographie jazzistique, régulièrement cité par le meilleur de la critique internationale, salué comme son véritable acte de naissance, Hommes et problèmes du jazz, publié à l’origine en 1954, avait connu une longue éclipse en France (alors qu’il était disponible en traductions), avant sa publication dans la collection Epistrophy en 1981 (Editions Parenthèses, trois éditions successives). Il est repris aujourd’hui dans la collection Eupalinos, série consacrée au jazz et à la musique improvisée. Ce livre ne prétend pas faire une histoire du jazz, mais il parle, pour la première fois, du jazz « sérieusement », dépassant la simple historicité du phénomène pour décrypter la production musicale et les itinéraires de ses principaux acteurs. Continue reading
Adorno et le Jazz. Analyse d'un déni esthétique
17/02/10
Élève d’Alban Berg, ardent défenseur de la seconde École de Vienne, TW Adorno exécrait le jazz. Cette » mode intemporelle » qu’il qualifiait aussi d’ » archaïsme moderne » n’était, selon lui, qu’un pur produit de l’industrie culturelle, une expression faussement libératrice de la communauté noire américaine et une régression primitive au stade sadomasochiste. Toutefois, curieusement, le philosophe, pourtant peu enclin à s’attarder sur ce qu’il abhorrait, ne cesse, presque sa vie durant, de multiplier les commentaires visant à discréditer une musique à laquelle il attribue néanmoins, de façon contradictoire, une » immortalité paradoxale « . Continue reading
La preuve par neuf : Trois trios
8/02/10
La Preuve par neuf s’attache à trois trios essentiels des mondes du jazz : ceux qu’auront dirigés (avec quelques variations de personnel) Teddy Wilson, Duke Ellington et Ahmad Jamal. Formule canonique, cœur du mouvement jazzistique et de ses tensions esthétiques comme l’est le quatuor à cordes dans la musique classique occidentale, le trio piano-basse-batterie est tour à tour territoire d’expérimentation et de méditation, lieu d’invention (Ahmad Jamal, Bill Evans) et de fixation des règles (Teddy Wilson, Bud Powell) ; lieu aussi de rêverie (exemples innombrables). Continue reading
John Coltrane : sa vie, sa musique
5/02/10
Avec «le Lewis Porter» sur John Coltrane, la bibliographie sur le jazz en langue française s’enrichit d’un titre de référence, unanimement salué outre-Atlantique au moment de sa sortie (1999 aux Presses de l’Université du Michigan). Largement attendue par les amateurs comme par les spécialistes, l’édition française de l’ouvrage de Lewis Porter coïncide avec le quarantième anniversaire de la disparition du saxophoniste (1926-1967) couramment identifié comme l’un des derniers maîtres historiques du jazz, voire comme l’ultime dépositaire de sa modernité. Tributaire d une tradition remontant au Swing puis au Bebop (à travers l’influence de Johnny Hodges puis celle de Charlie Parker), Coltrane n’en est pas moins au coeur du free jazz qu’il a en grande partie inspiré et dont il s’est lui-même nourri en ses dernières années. Continue reading
La Musique de Don Ellis
29/01/10
Quatre trompettes, trois trombones, cinq saxophones, un piano, trois contrebasses, trois percussionnistes… Tel était l’effectif avec lequel le trompettiste Don Ellis se présentait au festival de Monterey en septembre 1966. Formule instrumentale jamais inusitée à ce jour pour un orchestre de jazz, notamment par le nombre surprenant de bassistes et de batteurs. Cette puissance rythmique se mettant au service de compositions et d’arrangements originaux complexes, mais à la fois mélodiques et agréable à écouter, donc accessibles à un large public, ce concert fut un triomphe. L’ère Don Ellis était né. Suivra une longue décennie riche de création et d’innovations musicales, au cours de laquelle se succèderont quatre big bands et paraîtra une quinzaine d’albums, où se mêleront allègrement le génie et quelquefois l’outrance. Car Don Ellis était d’abord un anticonformiste, un touche-à-tout vivant avec son temps : jazz certes (multiforme) mais aussi rock, pop, influence brésilienne, sons venus d’ailleurs (Inde, Balkans…) musique classique et contemporaine… Rien de ce qui relève de l’univers musical ne lui était étranger. C’est ce qui fit sa grandeur… et provoqua aussi un certain isolement, son mépris de certaines conventions lui assurant quelques inimitiés, alors que son audace et sa puissance créatrice ravissaient des auditoires divers. Continue reading
Le Jazz et l'Occident : Culture afro-américaine et philosophie
11/01/10
Pourquoi la philosophie s’est-elle si souvent satisfaite au mieux de méconnaître le jazz et, au pire, de le mésentendre (Adorno) ? L’une des réponses serait que l’irruption du jazz, au début du XXe siècle, réimporte des valeurs – oralité, imitation, priorité du corps sur le signe, unité du sens et de la voix – que l’Occident s’est efforcé de congédier dès l’origine de la philosophie occidentale. Deux mille cinq cents ans plus tard, après une lente maturation au sein de la communauté afro-américaine, le jazz consacre des thèmes esthétiques et ontologiques auxquels les nouvelles techniques de communication et de diffusion assurent un retentissement planétaire. Continue reading
Les Cahiers du jazz N° 5
1/01/10
Marc CHEMILLIER – Le jazz, l’Afrique et la créolisation : à propos de Herbie Hancock. Entretien avec Bernard Lubat.
Marianne PRADEM – Quand l’Afrique trompe l’Afrique ou Triste retour au Pays natal de Mory Kante.
Gabriel KROM – Noir Désir.
Patrick WILLIAMS – Les trois communautés de David Murray.
Alain GERBER – Vive critique des troubadours – éloge résolu de Thelonious, Chet et Charlie sur le bord du cratère.
Clément CANONNE – L’improvisation collective libre : cognition distribuée et esprit d’équipe.
Pierre SAUVANET – Requiem pour Michael Brecker.
Lucien MALSON – Dérives de Rimb à Bix vers la dominance photographique. Continue reading






